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Sud-Kivu : des bombardements meurtriers contre des civils documentés par une enquête humanitaire indépendante

Kamanyola, Uvira, Hauts Plateaux de Minembwe

Une mission d’enquête humanitaire indépendante dénonce de graves violations du droit international humanitaire commises contre des populations civiles dans la province du Sud-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Dans un rapport final daté du 27 décembre 2025, cette mission documente des bombardements, des exactions massives et des déplacements forcés qui ont lourdement affecté des milliers de civils dans plusieurs localités, notamment Kamanyola, Katogota, Luvungi, Kiliba, Uvira et certaines zones des Hauts Plateaux de Minembwe.

Une enquête indépendante au Sud-Kivu

Le rapport est le fruit d’une mission menée du 9 au 15 décembre 2025 par la Convention pour le respect des droits humains (CRDH), l’Action pour les droits humains (APDH) et la Diaspora plurielle congolaise (DPC), en collaboration avec le journaliste indépendant Moïse Komayombi.

La méthodologie repose sur des entretiens individuels et collectifs, des focus groups, des enquêtes auprès des ménages, des observations directes sur le terrain, ainsi que la collecte et l’analyse de documents, de photos et de vidéos. Les informations ont été croisées entre victimes, témoins, structures sanitaires, autorités coutumières et autorités locales.

Des bombardements au cœur des zones habitées

Selon le rapport, les attaques les plus violentes sont survenues principalement entre le 2 et le 5 décembre 2025 sur l’axe Kamanyola–Katogota–Luvungi et dans les zones périphériques. Elles ont visé des zones à forte concentration civile, sans avertissement préalable, en violation des principes fondamentaux du droit international humanitaire.

Des habitations, des marchés, des écoles, des structures sanitaires et d’autres infrastructures communautaires ont été partiellement ou totalement détruits, aggravant une situation humanitaire déjà extrêmement fragile dans une région marquée par des décennies de conflits armés récurrents.

Les enquêteurs décrivent l’utilisation d’armes explosives et d’armes lourdes tirées depuis des positions tenues par les Forces armées de la RDC (FARDC), des milices congolaises dites Wazalendo (ex‑Ma‑Ma), les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), ainsi que par les Forces de défense nationale du Burundi (FDNB), y compris des tirs transfrontaliers depuis le territoire burundais vers Kamanyola et la plaine de la Ruzizi.

Kamanyola : des civils pris pour cibles

À Kamanyola, dans la plaine de la Ruzizi, les témoignages recueillis décrivent des bombardements répétés ayant frappé des quartiers densément peuplés tels que Rugengi, Busama et Lobumba entre le 2 et le 5 décembre 2025.

Les habitants affirment que la cité, contrôlée par l’AFC/M23 depuis janvier 2025, ne constituait pas une zone de combats au moment des faits et n’était pas sur la ligne de front. « Kamanyola n’était pas une zone de front. La vie économique se déroulait normalement lorsque les bombardements ont commencé », rapporte un habitant interrogé par la mission.

Selon les victimes, aucun dispositif d’alerte n’a été mis en place avant les frappes. Des civils ont été tués, de nombreux autres blessés, dont des femmes et des enfants, et des écoles ainsi que des structures sanitaires ont dû suspendre leurs activités.

Fuite massive des populations et crise régionale

Face à l’intensité des attaques, des milliers de personnes ont fui leurs domiciles dans des conditions précaires. De nombreux témoignages indiquent que des familles ont d’abord tenté de se réfugier au Burundi, mais ont été refoulées à la frontière, certaines affirmant avoir été menacées de tirs par des soldats burundais.

Ces populations se sont ensuite dirigées vers le Rwanda. Au camp de réfugiés congolais de Nyarushishi, dans le district de Rusizi, 1 073 réfugiés sont officiellement enregistrés. Ils déclarent bénéficier d’une prise en charge sécuritaire et humanitaire correcte (sécurité, hébergement, nourriture, soins, aire de jeux pour enfants), mais affirment avoir perdu tous leurs biens et expriment un besoin urgent d’aide financière et de soutien psychosocial.

Un lourd bilan humain dans plusieurs localités

Au‑delà de Kamanyola, le rapport documente des violences d’une ampleur significative dans d’autres zones du Sud‑Kivu.

À Katogota, la mission recense au moins 23 civils tués ainsi que plusieurs cas de disparitions forcées, certaines familles restant sans nouvelles de leurs proches.

Le 4 décembre 2025, à Mudaka (territoire de Kabare), une attaque contre l’école primaire Murhesa a grièvement blessé trois élèves et causé la mort d’un jeune homme d’une trentaine d’années, entraînant un traumatisme profond et un abandon massif de l’école.

Du 5 au 7 décembre 2025, à Luvungi, Lubarika, Mutarule et Lemera, le bilan provisoire fait état de 74 civils tués et 83 blessés.

Selon le rapport, environ 86 civils revenant du marché auraient été interceptés par des éléments des FARDC, des milices Wazalendo et des soldats burundais, conduits de force vers un lieu inconnu, soumis à des menaces, à des actes de torture, et plusieurs femmes auraient subi des violences sexuelles; des sources locales font état de 46 personnes exécutées.

Du 8 au 10 décembre 2025, à Sange, lors du repli des forces gouvernementales et de leurs alliés, des bombardements frappent directement des zones habitées, provoquant des pertes civiles supplémentaires.

À Uvira et dans ses environs, la mission compile des événements ayant débuté dès février 2025, pour un total d’au moins 38 civils tués et 89 blessés, dont des femmes et des enfants. Elle mentionne notamment le meurtre du journaliste Janvier Lwesho, de la radio communautaire Kiliba FM, et le pillage des installations de Médecins sans frontières.

Banyamulenge et Barundi, cibles de persécutions

Le rapport met en évidence des violences ciblées à l’encontre des communautés Banyamulenge et Barundi, particulièrement à Uvira, Minembwe et sur les Hauts Plateaux.

Les témoignages font état d’exécutions sommaires, de violences sexuelles, de pillages et extorsions, de recrutements forcés d’enfants, d’arrestations arbitraires et de déplacements forcés. Des barrières illégales auraient été érigées sur plusieurs axes routiers pour empêcher ces populations de circuler librement ou d’accéder à des ressources vitales, notamment l’eau.

Les enquêteurs documentent également des discours de haine et des appels au meurtre visant des personnes identifiées comme « parlant kinyarwanda », attribués à certains acteurs politiques, dignitaires proches du pouvoir et leaders locaux, y compris au travers de vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

Chiffres provisoires d’un bilan accablant

Selon les chiffres provisoires recoupés par la mission, le bilan humain s’élève à au moins 199 civils tués, 203 civils blessés, environ 500 000 personnes déplacées et 391 000 élèves privés d’accès à l’éducation.

Les auteurs du rapport précisent que ce bilan est probablement sous‑estimé, en raison de l’insécurité persistante, de l’accès limité à certaines zones et de la peur des victimes de témoigner.

Crimes de guerre, crimes contre l’humanité ?

Sur le plan juridique, les actes documentés sont qualifiés de violations graves du droit international humanitaire et des droits humains, incluant attaques contre des civils, bombardements de zones habitées, violences sexuelles, pillages et déplacements forcés.

Les auteurs estiment que ces faits constituent des crimes de guerre et, compte tenu de leur caractère systématique, ciblé et persécutif, des crimes contre l’humanité au sens des articles 7 et 8 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale. Le rapport engage également la responsabilité pénale individuelle de responsables militaires et politiques, ainsi que la responsabilité internationale des États congolais et burundais, accusés d’avoir armé des civils et intégré des milices et groupes armés étrangers comme forces supplétives dans des opérations militaires.

Sanctions, CPI, commission d’enquête : les demandes du rapport

En conclusion, le rapport appelle à la création d’une commission d’enquête internationale indépendante sous l’égide des Nations unies, à des sanctions ciblées contre les responsables présumés et à l’ouverture ou l’extension d’enquêtes par la Cour pénale internationale.

Les auteurs demandent également une réponse humanitaire urgente, une protection renforcée des civils, un accès sécurisé à l’aide humanitaire, un accompagnement psychosocial durable pour les victimes et un soutien actif à la justice internationale afin de documenter les crimes et d’assurer réparation.

Selon le rapport, ces violences ne sont ni accidentelles ni isolées mais relèvent d’un mode opératoire systématique; les victimes ont droit à la vérité, à la justice et à des garanties de non‑répétition.

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