@Libre - Sylvain ekenge, General Major et porte parole de FARDC
« Avant les violences, il y a toujours le discours »
Une déclaration récente du porte-parole des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), le général Sylvestre Ekenge, a provoqué une vive polémique au sein de l’opinion publique. Lors d’une intervention diffusée sur la télévision nationale RTNC, il a mis en garde les hommes congolais contre les mariages avec des femmes tutsies, affirmant que ces unions pourraient servir de moyen d’infiltration et d’espionnage. Ces propos ont suscité de nombreuses réactions et une profonde inquiétude, notamment parmi les défenseurs des droits humains et plusieurs observateurs de la vie politique congolaise.
En associant une communauté entière à une menace sécuritaire, ce discours est perçu comme stigmatisant et dangereux. Les Tutsis congolais, y compris les Banyamulenge, sont des citoyens à part entière de la RDC. Les présenter comme des « infiltrés potentiels » sans fournir de preuves publiques alimente la méfiance, la peur et les divisions dans une société déjà fragilisée par des années de conflits. De nombreux analystes rappellent que les questions de sécurité doivent être traitées sur la base de faits précis et individuels, et non par des généralisations fondées sur l’origine ethnique.
Ces déclarations ravivent également des souvenirs historiques douloureux. Des observateurs soulignent des ressemblances avec des discours tenus avant des tragédies majeures, notamment au Rwanda en 1994, où la propagande dénonçait les mariages entre Hutus et Tutsis et présentait une partie de la population comme un ennemi intérieur. L’histoire montre que la violence ne commence pas brutalement, mais souvent par des mots qui déshumanisent et banalisent l’exclusion.
Dans un contexte déjà tendu, marqué par l’insécurité persistante dans l’est du pays et par des discours publics de plus en plus polarisants, ces propos inquiètent d’autant plus. Pour de nombreux acteurs de la société civile, mélanger enjeux sécuritaires et identité ethnique ne peut qu’aggraver les tensions et fragiliser la cohésion nationale.
Face à cette situation, plusieurs voix appellent les autorités congolaises à faire preuve de responsabilité et de retenue. Elles demandent une clarification officielle et rappellent que les paroles des responsables publics ont un poids considérable. Pour beaucoup d’observateurs, le message est clair : les mots peuvent soit protéger la paix, soit préparer le terrain à des dérives graves. Dans un pays au passé marqué par la violence, ignorer ces signaux d’alerte serait une erreur aux conséquences potentiellement lourdes.
Par Shaby Kazungu
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