@Capture - Rapports Humaniaire et securitaire des réfugiés congolais au burundi.
Est de la RDC–Burundi : les réfugiés congolais, nouveaux otages d’un conflit régional
La situation des réfugiés congolais au Burundi alarme les organisations de défense des droits humains, qui dénoncent une crise humanitaire majeure née des affrontements autour de la ville d’Uvira, dans l’est de la RDC, en décembre 2025. En quelques jours, des dizaines de milliers de personnes ont fui les violences pour se réfugier de l’autre côté de la frontière, rejoignant des camps déjà fragilisés par des années de sous‑financement.
Selon un rapport d’enquête indépendant mené en janvier 2026 par plusieurs organisations congolaises et de la diaspora, près de 150 000 Congolais auraient traversé la frontière burundaise entre le 5 et le 11 décembre, souvent à pied, en pirogue ou par des routes secondaires, sans bagages ni documents. Regroupés dans les camps de Cankuzo, Ruyigi‑Bweru, Ngozi, ainsi que sur des sites urbains comme Bujumbura, Gatumba ou Kansenga, ces réfugiés vivent aujourd’hui dans des conditions qualifiées de « très préoccupantes » par les enquêteurs.
Sur place, le constat est celui d’un surpeuplement extrême, d’un manque criant de nourriture, d’eau potable, d’abris et de soins de santé. Dans certains camps, une seule latrine peut être utilisée par 40 à 50 personnes, bien au‑delà des standards humanitaires, tandis que l’accès à l’eau reste largement inférieur aux 15 litres recommandés par jour et par personne. Les équipes parlent d’une situation où la dignité même des réfugiés n’est plus garantie.
Les témoignages recueillis décrivent aussi un climat d’insécurité quasi permanent. Des réfugiés affirment être la cible d’attaques lors de la collecte de bois de chauffage ou lors de déplacements à l’extérieur des camps, notamment de la part de groupes armés locaux utilisant des flèches, des machettes ou d’autres armes blanches. Les femmes et les enfants sont particulièrement exposés, avec des cas d’agressions sexuelles, de violences physiques et d’intimidations récurrentes.
Le volet sanitaire est tout aussi alarmant. Le rapport évoque une situation épidémiologique marquée par la progression du paludisme, du choléra, des infections respiratoires aiguës et des diarrhées graves, dans des camps où les structures de santé sont inexistantes ou très insuffisantes. Au moins 120 décès ont été documentés sur l’ensemble des sites visités, des morts jugées « largement évitables » par les enquêteurs.
Au‑delà de la seule dimension humanitaire, les auteurs du rapport dénoncent de graves manquements aux obligations internationales du Burundi en matière de protection des réfugiés. Ils évoquent notamment la rétention forcée de certains Congolais, le refus de leur permettre un retour volontaire, sûr et digne vers la RDC, ainsi que des restrictions arbitraires à leur liberté de mouvement. Autant de pratiques qui, selon eux, pourraient constituer des violations de la Convention de 1951 sur les réfugiés et d’autres instruments internationaux de protection des droits humains.
Les organisations signataires appellent à une réaction rapide de la communauté internationale. Elles demandent un renforcement urgent de l’aide humanitaire, la mise en place de mécanismes de protection dans et autour des camps, ainsi que l’ouverture d’enquêtes indépendantes pour faire la lumière sur les violences et les décès documentés. Elles insistent enfin sur la nécessité de garantir le droit au retour volontaire des réfugiés congolais, dès que les conditions de sécurité le permettront dans l’est de la RDC.
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