@- - Maman Furaha Rubambura sécheuse des poissons

Goma : l’entrepreneuriat du poisson séché, une bouée de survie pour des familles de Mapendo

Goma (quartier Mapendo) — Pour faire face à la crise économique et à la rareté des emplois formels, certains habitants de Goma se tournent vers un entrepreneuriat de survie : le séchage et la transformation de poissons importés, revendus ensuite à Bukavu et, en moindre partie, sur le marché local. À la place communément appelée « Makoro », dans le quartier Mapendo, des dizaines de sécheurs de poissons s’activent chaque jour autour de cartons de produits congelés en provenance de chambres froides de la ville.

Parmi eux, maman Furaha Rubambura, mère de six enfants, explique que cette activité demeure aujourd’hui la principale source de revenu de son ménage. Grâce au séchage et au fumage du poisson, elle parvient tant bien que mal à payer son loyer, à nourrir sa famille et à couvrir une partie des frais scolaires, même si seuls deux de ses enfants peuvent actuellement étudier, en 5ᵉ et 4ᵉ primaire, faute de moyens suffisants.​

Les poissons qu’elle transforme lui sont livrés par des « bosses », des grossistes qui s’approvisionnent dans des chambres froides à Goma, avec des produits importés, notamment de Chine, comme c’est de plus en plus le cas dans la région face à la baisse de la pêche locale. « Mon travail est d’éventrer les poissons, de bien les nettoyer à l’aide d’une brosse, de les saler et de les faire sécher jusqu’à obtenir des poissons fumés », explique-t-elle, décrivant un processus qui s’étale sur près d’une semaine avant que le produit ne soit prêt pour le commerce.

Pour une journée de travail, Furaha dit pouvoir traiter entre 10 et 40 cartons de poissons, selon l’arrivage et la demande. Sa rémunération varie alors entre 10 000 et 20 000 francs congolais, un montant modeste mais vital pour la survie de son foyer dans un contexte de forte inflation et de précarité généralisée. Malgré les efforts fournis, elle confie que la situation reste « un peu difficile », les revenus étant irréguliers et très sensibles aux fluctuations du marché.​

Les sécheurs et sécheuses de poissons ne se contentent pas de transformer le produit : ils doivent aussi faire face aux charges liées à leur activité, notamment les taxes d’assainissement sur leur lieu de travail. À Makoro, ils déclarent payer environ 5 dollars américains par mois pour l’évacuation des immondices, en plus d’une contribution hebdomadaire d’environ 10 000 francs congolais pour le carburant nécessaire au ramassage des déchets, un service assuré en moyenne deux fois par semaine.​

Une fois séchés et fumés, les poissons ne sont généralement pas écoulés dans les marchés de détail de Goma, mais vendus en gros à des commerçants qui les exportent vers Bukavu et d’autres centres de consommation. Cette filière informelle, peu visible dans les statistiques officielles, joue pourtant un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire urbaine et offre une source de revenu à de nombreuses familles, en particulier aux femmes, déjà très présentes dans les chaînes de transformation du poisson à travers l’Afrique.

Dans un environnement marqué par l’insécurité, la cherté de la vie et la rareté du travail, l’activité de maman Furaha et de ses collègues illustre la capacité de résilience des habitants de Goma, qui inventent chaque jour de nouvelles stratégies d’adaptation pour maintenir leurs familles à flot.

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