@© Monusco - Des troupes sud africaines déployées dans l’est de la RDC pour composer la brigade d’intervention de la Monusco.
RDC : Afrique du Sud quitte la MONUSCO : un aveu d’échec pour la mission la plus coûteuse de l’ONU
Le retrait progressif des troupes sud-africaines de la MONUSCO marque un tournant symbolique dans l’histoire de la présence onusienne en République démocratique du Congo. Après près de trois décennies d’engagement sous le drapeau des Nations unies, Pretoria s’apprête à mettre fin à sa participation à une mission de paix dont l’efficacité est de plus en plus contestée, tant par les États contributeurs que par les populations locales.
Le 12 janvier 2026, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a officiellement notifié au secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, la décision de retirer plus de 700 soldats sud-africains déployés au sein de la MONUSCO. Le retrait devrait s’achever d’ici la fin de l’année 2026. S’il s’inscrit dans une révision stratégique plus large des engagements extérieurs de l’Afrique du Sud, ce désengagement traduit surtout un malaise persistant autour de l’incapacité de la mission à produire une stabilisation durable dans l’est de la RDC. Pretoria affirme vouloir concentrer ses efforts dans des cadres régionaux, notamment via la SADC et l’Union africaine, mais le message envoyé à l’ONU est clair : le modèle actuel de la MONUSCO a atteint ses limites.
Créée en 1999 sous le nom de MONUC avant d’être rebaptisée MONUSCO en 2010, la mission figure parmi les opérations de maintien de la paix les plus coûteuses de l’histoire des Nations unies. Près de 20 milliards de dollars ont été mobilisés en vingt-six ans, avec des budgets annuels dépassant régulièrement le milliard de dollars. Malgré cet investissement massif, la situation sécuritaire dans l’est du pays n’a cessé de se détériorer. La prolongation quasi automatique des mandats par le Conseil de sécurité a fini par installer une présence permanente, sans que les objectifs initiaux de pacification ne soient atteints.
Sur le terrain, la multiplication des groupes armés illustre cet échec. Alors qu’ils n’étaient qu’une poignée à la fin des années 1990, on en dénombre aujourd’hui plus de 120 dans l’est congolais. Cette fragmentation armée a alimenté des déplacements de populations à grande échelle et renforcé des économies de prédation autour des ressources naturelles. Des milices pourtant visées par les résolutions onusiennes, comme les FDLR, ont survécu aux opérations de désarmement, se sont restructurées et se sont durablement intégrées aux dynamiques locales, parfois en interaction avec des segments de l’appareil étatique. La MONUSCO, souvent contrainte par un mandat restrictif, n’a jamais engagé d’actions décisives capables de briser ces réseaux.
Au fil des années, les critiques se sont accumulées. L’incapacité à protéger les civils lors de périodes de violences massives, notamment pendant la Deuxième Guerre du Congo, a profondément entamé la crédibilité de la mission. À cela se sont ajoutés des scandales d’abus sexuels impliquant des Casques bleus, ainsi que des accusations de passivité ou de complaisance à l’égard de certaines forces locales. En 2023, le président congolais Félix Tshisekedi avait lui-même demandé une accélération du départ de la MONUSCO, dénonçant son inefficacité face à des menaces persistantes telles que les ADF et d'autres groupes armés.
Le retrait sud-africain s’inscrit ainsi dans une dynamique plus large de remise en question de la présence onusienne en RDC. Déjà contestée par une partie de la population pour son manque de résultats tangibles, la MONUSCO peine à répondre aux causes profondes de l’instabilité : faiblesses de gouvernance, ingérences régionales, impunité et compétition autour des ressources. Alors que l’est du pays demeure un foyer majeur de violences, de plus en plus de voix plaident pour une approche régionale et politique, portée par les mécanismes africains, en lieu et place d’une mission onusienne dont l’impact réel sur la paix reste, après plus de deux décennies, largement sujet à débat.
Les plus lus
Annonce