@Shaby Kazungu - Caputure d'ecran
RDC : après les accusations visant l’entourage du président Félix Tshisekedi, Kinshasa réoriente l’affaire et désigne Kabila et le Rwanda dans le dossier Mobondo
Fin décembre 2025, le porte-parole des FARDC pour l’opération Ngemba dans l’Ouest, le capitaine Anthony Mwalushayi, déclare publiquement à Kikwit que « la majorité des gens qui sont derrière Mobondo sont souvent liés au président de la République », précisant que des membres capturés de la milice ont fourni des noms appartenant au cercle rapproché de Félix Tshisekedi.
Début 2026, le même phénomène Mobondo est représenté par le ministre délégué à la Défense chargé des Anciens combattants, Eliezer Ntambwe, comme une révolte initialement locale Teke–Yaka dévoyée par des « tireurs de ficelles », et relient la crise à Joseph Kabila au Rwanda.
L’armée identifie des proches du pouvoir comme soutiens de Mobondo, alors que l’exécutif déploie une communication visant à redéfinir que Joseph Kabila et le Rwanda en sont le problème .
Déclarations militaires et identification des responsabilités internes
Lors de sa conférence de presse à Kikwit le 28 décembre 2025, dans le cadre des opérations Ngemba, le capitaine Anthony Mwalushayi décrit Mobondo non comme une simple milice mais comme une « rébellion », en affirmant que « la majorité des personnes qui soutiennent Mobondo sont également derrière le président de la République », avec un double registre jour/nuit où ces acteurs se comportent en « agneaux » le jour et commandement la milice la nuit.
Il ajoute que des membres capturés ont fourni des noms précis, que les services de renseignement sont en cours d’enquête, et prévient que si « Kinshasa donne raison à ces beaux parleurs » pour des intérêts politiques, les Forces armées feront leur « devoir avec des armes », ce qui revient à mettre en cause la chaîne politique du pouvoir plutôt qu’un ennemi strictement externe.
Dans les semaines qui suivent, le capitaine Mwalushayi fait l’objet d’une mesure disciplinaire, tandis que d’autres communications officielles tentent de réorienter le narratif vers la responsabilité de Joseph Kabila et de soi-disant réseaux pro-rwandais dans l’Ouest, indicateur d’une volonté du régime de ne pas laisser s’installer l’idée d’une imbrication entre présidence et Mobondo.
Communication politique récente : déplacement vers Kabila et le Rwanda
Parallèlement, l’analyse de la communication du gouvernement montre une stratégie de recadrage : les déclarations d’anciens responsables de la Défense, tel Jean-Pierre Bemba, insistent sur une « main noire » attribuée à Joseph Kabila, accusé d’être à l’origine des Mobondo dans le Grand Bandundu.
Ces prises de position sont renforcées par le discours localement recueilli dans les zones Teke–Yaka, où l’on met en avant la vente de terres à Joseph Kabila ou à ses alliés présentés comme « proches des Rwandais », ainsi que la récurrence du registre anti-rwandais pour expliquer l’expulsion des cultivateurs Yaka.
La descente du ministre délégué à la Défense, Eliezer Ntambwe, dans le Kwango en janvier 2026, accentue ce cadrage en insistant sur une crise initialement communautaire Teke–Yaka désormais dévoyée par des « tireurs de ficelles » non nommés, alors même que les déclarations militaires précédentes avaient clairement lié ces manipulations à des proches du président.
Contradiction mise en évidence dans les médias
Cette inflexion dans la communication officielle apparaît notamment dans un reportage diffusé le 11 février 2026 par France 24, intitulé « RD Congo : Les miliciens Mobondo commencent à déposer les armes au Kwango ». Dans cette vidéo, les autorités mettent en avant un discours centré sur le retour à la paix et désignent implicitement des « tireurs de ficelles » associés à Joseph Kabila et au Rwanda, sans faire mention des déclarations antérieures du porte-parole des FARDC évoquant des proches du président Félix Tshisekedi.
Cette séquence illustre le décalage entre la communication militaire initiale et le cadrage politique plus récent, soulignant la bataille narrative autour de l’affaire Mobondo.
Utilisation du processus de reddition comme dispositif de légitimation
Les cérémonies de remise d’armes organisées dans le Kwango et le Kwamouth, telles qu’observées fin janvier et début février 2026, mettent en scène un discours de pacification centré sur le message du président Félix Tshisekedi en faveur du « retour à la vie normale », en soulignant que « ceux qui ont commencé cette histoire des Mobondo sont avec nous, y compris leurs féticheurs ».
Dans ce dispositif, l’État se présente comme arbitre neutre venant mettre fin à une dérive communautaire et à un mouvement désormais qualifié de « pillage des bétails », sans que soient réévoquées les accusations initiales sur le soutien d’acteurs liés à la présidence, ni l’extension géographique du phénomène à cinq provinces autour de Kinshasa documentée par les rapports d’experts.
Le ralliement et le cantonnement d’environ plusieurs centaines d’ex-Mobondo en périphérie de Kinshasa, à qui sont promises des formations militaires ou professionnelles, s’inscrivent dans une logique de récupération des capacités combattantes tout en réécrivant le narratif politique des responsabilités, ce qui laisse ouverte la question de leur futur emploi dans d’autres théâtres, notamment l’Est.
Implications politiques : gouvernance par le déni et désignation systématique de boucs émissaires
L’ensemble des éléments disponibles indique une stratégie répétitive du gouvernement de Kinshasa consistant à déplacer la responsabilité des crises sécuritaires vers des acteurs externes ou précédents (Joseph Kabila, Rwanda, AFC/M23), tout en minimisant les liens entre certaines milices et des réseaux politiques actuels de Kinshasa.
Dans le cas Mobondo, la disjonction entre les déclarations du capitaine Mwalushayi sur des « personnes liées au président » et le recadrage subséquent vers une responsabilité exclusive de Kabila et du Rwanda illustre une gouvernance par la peur et le déni, où l’armée est publiquement mise en avant comme intransigeante alors même que ses propres porte-paroles sont sanctionnés lorsqu’ils mettent en cause les alliances politiques du centre.
Ce schéma rejoint d’autres dossiers (Corruption, détournements, échecs militaires, etc…,) où le gouvernement tend à attribuer ses défaites tactiques et Sa mauvaise gestion à une conjugaison d’ingérences extérieures et d’« héritage kabiliste », plutôt qu’à la production de violence par ses propres proxies et réseaux, ce qui limite la crédibilité des réformes et des processus de pacification annoncés.
Perspectives pour les acteurs internationaux et nationaux
Pour les chancelleries, les institutions multilatérales et les analystes, la gestion du dossier Mobondo constitue un indicateur structurel de la manière dont le gouvernement de Kinshasa traite les milices hybrides : discours de réconciliation et de DDR en surface, maintien d’ambiguïtés sur les réseaux politiques qui ont capitalisé sur la violence dans le Grand Bandundu.
L’absence de clarification publique sur les noms cités par les combattants capturés, la sanction rapide du porte-parole militaire qui a mentionné des proches du président, et le transfert partiel des ex-Mobondo vers des programmes de formation potentiellement réutilisables dans d’autres conflits, laissent entrevoir la persistance d’une architecture sécuritaire fondée sur la négation des responsabilités propres et sur la production politique de boucs émissaires permanents (Kabila, Rwanda, AFC/M23).
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