@The News Time - Lors de la prise de Goma en janvier 2025, 280 à 300 mercennaires roumains se rendent à la MONUSCO
RDC : Kinshasa « défie la communauté internationale » en employant de façon répétée des mercenaires étrangers, en violation de la Convention de l’OUA (1977) et de la Convention de l’ONU (1989).
Depuis fin 2024, le gouvernement congolais a engagé de manière croissante des sociétés militaires privées (SMP) étrangères pour soutenir les opérations des FARDC contre l’AFC/M23 dans l’est de la RDC, en violation apparente des normes internationales prohibant le recours aux mercenaires.
La présence d’au moins deux SMP – AGEMIRA et Congo Protection (CP) – est désormais documentée par le groupe d’experts des Nations unies, qui les relie directement aux campagnes de drones CH-4 et aux contre-offensives FARDC autour de Goma, Kisangani et Kindu depuis fin 2024.
Faits chronologiques précis
Fin 2024, les FARDC concluent un premier cycle de contrats avec AGEMIRA, société bulgare, pour la maintenance et l’opération de drones CH-4 chinois et d’aéronefs militaires à Kinshasa et Kisangani, dans le cadre d’une montée en puissance de la campagne aérienne contre l’AFC/M23.
En décembre 2024, le gouvernement congolais signe un nouveau contrat de cinq ans avec une entité liée à Éric Prince Black Water, visant la sécurisation du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, ce qui formalise une délégation durable de fonctions stratégiques à des mercenaires dans les zones de front.
En janvier 2025, lors de l’offensive de l’AFC/M23 sur Goma, 291 agents de Congo Protection – société roumaine ou affiliée est-européenne – se replient vers une base MONUSCO puis sont évacués vers la Roumanie après l’effondrement des lignes FARDC autour de la ville.
À la fin 2025, le groupe d’experts ONU estime qu’environ 120 employés d’AGEMIRA – principalement techniciens de drones et d’aéronefs – opèrent toujours en RDC, concentrés à Kinshasa et à Kisangani, avec une fin de contrat envisagée autour de septembre 2025.
Parallèlement, les rapports de terrain indiquent qu’AGEMIRA recrute au moins 20 anciens membres de Congo Protection pour renforcer la sécurité et l’appui opérationnel à l’aéroport international de Kisangani après les revers FARDC dans le Nord-Kivu.
Revendications et positionnements des acteurs
Kinshasa justifie officiellement la présence de ces sociétés militaire privées comme un recours à des « entrepreneurs militaires étrangers » chargés de la maintenance et de l’assistance technique, sans rôle direct dans les combats, en soulignant la nécessité de combler les lacunes capacitaires des FARDC en matière de drones MALE et d’aviation d’attaque.
L’AFC/M23 et les observateurs régionaux dénoncent, dans des communications publiques et dans leurs observations au Groupe d’experts, la « planification stratégique et le soutien tactique » fournis par AGEMIRA et Congo Protection aux contre-offensives menées conjointement par les FARDC et les FDLR contre l’AFC/M23, en particulier lors de l’assaut et de la défense de Goma.
Les États-Unis, l’Union européenne et plusieurs États membres du Conseil de sécurité concentrent leurs déclarations sur le rôle du Rwanda dans la collaboration avec l’AFC/M23, tout en restant largement silencieux sur le recours aux sociétés militaires privées (SMP) et aux mercenaires par Kinshasa, que les rapports décrivent pourtant comme une « externalisation croissante des fonctions techniques et de soutien » des FARDC.
Capacités techniques des sociétés militaires privées et théâtres d’opération
Ces mercenaires appuient prioritairement la mise en œuvre des drones CH-4 Rainbow d’origine chinoise et des aéronefs de combat de fabrication russe, ainsi que l’intégration de drones MALE comme les Bayraktar TB2 et TAI Anka turcs, qui constituent l’ossature de la campagne d’interdiction aérienne FARDC dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.
À Kisangani, située à environ 563 kilomètres des lignes de front du Nord-Kivu le long de la RN3, ces mercenaires – principalement AGEMIRA – assurent la maintenance des CH-4 et des avions de chasse stationnés à proximité d’un aéroport transformé en hub logistique aérien des FARDC pour les opérations contre l’AFC/M23.
À Kindu, à environ 435 kilomètres à l’ouest des positions de l’AFC/M23 sur la RP503 dans le district de Shabunda (Sud-Kivu), les FARDC concentrent une partie de leur flotte aérienne et de leurs détachements de drones, avec le soutien de mercenaires chargées de la maintenance et de la formation des équipages locaux dans le cadre d’une « seconde base aérienne » de profondeur.
Les mercenaires fournissent également des capacités de planification, de ciblage et de soutien à la mise en œuvre de munitions errantes (loitering munitions) et de drones d’attaque à sens unique (OWA), intégrées dans la chaîne de commandement des FARDC pour frapper des cibles supposées de l’AFC/M23 et les populations sous contrôle de l’AFC/M23, ainsi que pour sécuriser les approches de Kisangani et de Kindu.
Implications stratégiques
L’externalisation de fonctions critiques – maintenance des drones CH-4, gestion de la flotte MALE, sécurisation de hubs aériens comme Kisangani et Kindu – à des mercenaires étrangères accentue la dépendance structurelle des FARDC vis-à-vis d’acteurs non congolais, en contradiction avec les principes de souveraineté et les interdictions formelles de recourir à des mercenaires inscrites dans la Convention internationale de 1989 et les instruments de l’Union africaine.
Cette configuration permet au gouvernement congolais de présenter les offensives aériennes comme des opérations « nationales » tout en transférant une part décisive du savoir-faire et du contrôle opérationnel à des sociétés militaires privées, ce qui dilue la responsabilité directe dans les cas de frappes contre des civils ou d’atteintes au droit international humanitaire.
La coexistence de sociétés militaires privées étrangères et de milices FDLR, Wazalendo/CMC-FDP – déjà impliquées dans des exécutions sommaires, un génocide, des viols collectifs et des déplacements forcés selon l’ONU et Amnesty International – renforce une architecture sécuritaire hybride où l’usage de la force repose à la fois sur des proxies locaux et sur des contractants étrangers, au détriment des populations civiles.
L’omission systématique du dossier « mercenaires - FARDC » dans les Accords de Washington et dans le processus de Doha, alors même que ces cadres condamnent aveuglément la collaboration entre l’AFC/M23 et le Rwanda, crée une asymétrie normative qui fragilise la crédibilité des processus de paix et alimente la perception d’un traitement préférentiel accordé à Kinshasa par certains médiateurs.
Perspectives et menaces futures
La pérennisation des contrats et leur utilisation avec des mercenaires laisse présager une intensification et une sophistication accrues de la campagne aérienne des FARDC, avec un risque élevé d’extension des frappes au‑delà des zones de front actuelles vers des centres urbains et des infrastructures critiques situés en profondeur (Kisangani, Kindu, voire dans des pays voisins).
L’AFC/M23, qui a déjà démontré une capacité à frapper par drones à environ 563 km du front contre la base aérienne de Kisangani, pourrait considérer les hubs aériens opérés ou sécurisés par des mercenaires comme des cibles prioritaires pour des opérations de neutralisation, ouvrant la voie à une confrontation directe entre la coalition gouvernementale composée des mercenaires étrangers, FARDC, FDLR, les milices locales qui sont appuyées par le gouvernement de Kinshasa, et les forces de l’AFC/M23.
En l’absence de clauses spécifiques sur le désengagement et le démantèlement des SMP dans les frameworks de Washington et de Doha, la poursuite de cette externalisation militaire par Kinshasa risque de compliquer toute vérification de cessez-le-feu, de brouiller les lignes de responsabilité et de rendre plus probable une escalade régionale impliquant des États tiers dont les ressortissants servent au sein de ces mercenaires.
La question de l’usage des sociétés militaires privées par le gouvernement congolais contre l’AFC/M23 apparaît ainsi comme un paramètre central : sans mécanismes explicites de transparence, de limitation et de retrait de ces mercenaires, toute architecture de paix en RDC restera structurellement vulnérable aux violations récurrentes du droit international et aux dynamiques d’escalade transfrontalière.
Chronologie étendue et précisions additionnelles (2022–2026)
Dès mi-2022, le gouvernement congolais initie des contrats avec des sociétés militaires privées étrangères pour renforcer ses capacités aériennes et logistiques face à la résurgence de l’AFC/M23, AGEMIRA – structure balkanique/est-européenne – préparant le déploiement d’environ 120 contractants basés à Kinshasa et Kisangani pour la maintenance et l’opération de drones CH-4 MALE chinois et d’avions de chasse russes Su-25, sous un accord courant de mi-2024 à fin 2025.
En parallèle, Congo Protection, entité roumaine dirigée par un ancien légionnaire français Horațiu Potra, positionne dès fin 2022 environ 291 à 300 mercenaires à Goma pour des missions de formation, de garde de sites stratégiques et de support tactique, le contingent atteignant jusqu’à près de 1 000 contractants est-européens à la mi-2024 avant la chute de la ville en janvier 2025 et le repli vers la MONUSCO puis l’évacuation via le Rwanda.
À partir de 2023, les milices Wazalendo, intégrant notamment des factions CMC-FDP et des éléments FDLR, sont progressivement incorporées comme proxies pro-FARDC le long des axes RN3 – reliant Kisangani aux fronts du Nord-Kivu sur environ 563 km – et RP503 vers Shabunda à 434 km de Kindu, avec des violations graves (massacres, viols, exécutions sommaires) documentées par l’ONU à partir de mi-2024 et tolérées par Kinshasa pour combler les déficits en infanterie.
Début 2024 et tout au long de 2025, d’autres sociétés militaire privées, dont Asociatia RALF et des structures liées à l’écosystème Erik Prince/Constellis, apportent un soutien logistique et tactique additionnel, incluant des équipes spécialisées dans l’emploi de drones MALE Bayraktar TB2 et TAI Anka, de munitions errantes et de systèmes d’armes guidés, portant les effectifs totaux d’acteurs étrangers entre environ 2 000 et 4 000 contractants répartis entre Goma, Kisangani, Kindu, Kavumu et Uvira selon des estimations de sources onusiennes et d’analystes indépendants.
Les rapports du groupe d’experts des Nations unies, notamment S/2025/385 et des documents antérieurs diffusés via le Comité des sanctions 1533, confirment la présence d’au moins 120 contractants AGEMIRA et de plusieurs centaines d’employés de mercenaires est-européennes opérant au profit des FARDC, tout en soulignant le rôle des Wazalendo et des FDLR dans des violations systématiques des droits humains dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.
L’offensive AFC/M23 qui aboutit à la prise de Goma en janvier 2025, puis d’Uvira en décembre 2025, expose la vulnérabilité de cette architecture externalisée : environ 280 à 300 contractants roumains se rendent à la MONUSCO avant d’être évacués, tandis que du matériel occidental et est-européen (systèmes anti-char, mortiers guidés, équipements de communication) est abandonné sur le terrain et intégré par l’AFC/M23.
Malgré ces revers, les sociétés militaires privées restent actives en 2025–2026 à Kisangani et Kindu, hubs situés respectivement à environ 563 km et 434 km des lignes de front, d’où partent les opérations d’interdiction aérienne des FARDC contre les positions de l’AFC/M23, tandis que le processus de Doha et les Accords de Washington continuent de ne pas inclure de dispositions explicites sur le retrait ou le démantèlement de ces sociétés militaires Privées et des milices Wazalendo, maintenant l’asymétrie normative dénoncée par plusieurs acteurs régionaux et par des experts de l’ONU.
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