@(Photo d'illustration) - Sumbu Sita Mambu, Haut Représentant du Président de la République, chargé des processus de Luanda et Nairobi, signe la déclaration de principes avec le M23 à Doha, au Qatar. Le 19 juillet 2025.
17ᵉ coupure de papier à Doha : la délégation de Kinshasa se contredit et rejette à plusieurs reprises ce qu’elle adopte. Le médiateur s’inquiète de sa véritable volonté : veulent-ils la paix ou la guerre ?
À Doha, capitale du Qatar, les médiateurs qataris affichent une détermination sans faille à aider la République démocratique du Congo à retrouver la paix. Malheureusement, face à eux, Kinshasa semble jouer un jeu diplomatique troublant, changeant de position au gré des circonstances, une véritable diplomatie du caméléon.
Cette attitude soulève de nombreuses interrogations : la délégation congolaise est-elle réellement engagée dans la recherche de la paix, ou se livre-t-elle à un subtil équilibre politique ? Les médiateurs, de plus en plus perplexes, doutent désormais de la sincérité de la partie congolaise.
Depuis plusieurs mois, le Qatar, Washington, le Togo et l’Union africaine multiplient les efforts pour ramener toutes les parties autour de la table des discussions. Mais cette patience des médiateurs se heurte à l’attitude changeante du gouvernement congolais, incapable de maintenir une ligne claire dans le processus de paix.
Les médiateurs en sont déjà à leur dix-septième modification du texte afin de concilier les positions des deux camps. Du côté de l’AFC/M23, la ligne reste constante : seule la voie du dialogue peut mener à une solution durable.
À Kinshasa, en revanche, c’est une succession d’hésitations : un jour « oui », le lendemain « non ». Le gouvernement semble prisonnier de ses propres contradictions, oscillant sans cesse entre promesses et revirements.
La médiation espérait encore, cette semaine, parvenir à un cadre clair définissant les bases d’un accord de paix. Mais cet espoir se heurte à la confusion d’un pouvoir congolais dont le discours change selon les lieux, le temps et les circonstances.
Au fond, le drame congolais n’est pas seulement celui des armes : il s’étend désormais dans le champ des discours. Les médiateurs, stupéfaits, observent le décalage entre les engagements pris à Doha et le comportement du gouvernement sur le terrain. Ce décalage révèle une guerre intellectuelle, celle des engagements bafoués et des promesses trahies.
Alors qu’à Doha, les deux parties ont signé une déclaration de principes incluant le respect du cessez-le-feu, à Kinshasa, une vaste opération de communication a présenté une version falsifiée du document, affirmant faussement que l’AFC/M23 devait se retirer de Goma, Bukavu et des zones sous son contrôle.
Sur le terrain, la réalité est dramatique : bombardements intensifiés, opérations conjointes avec l’armée burundaise, les FDLR et d’autres groupes armés, entraînant des milliers de morts civils et des destructions massives. Ces faits contredisent les engagements pris à Doha et laissent penser que Kinshasa suit un plan tout autre, non pas celui de la paix, mais celui de la guerre.
Entre le dialogue prôné par l’AFC/M23 et la fermeté martiale de Kinshasa, le Qatar tente de sauver la négociation en misant sur un compromis : respecter le cessez-le-feu. Mais cette approche se heurte à l’instabilité diplomatique du gouvernement congolais.
Dans les chancelleries étrangères, de Bruxelles à Paris, du Caire à Doha, la lassitude s’installe face à ce que l’on appelle déjà « la diplomatie des paradoxes » :
- Un président qui se veut pacificateur à l’étranger mais chef de guerre à l’intérieur.
- Un gouvernement qui prêche la réconciliation le matin, puis promet la vengeance le soir.
Cette duplicité est devenue la marque de fabrique du régime de Kinshasa.
Le président Félix Tshisekedi, dans un élan nationaliste, a récemment accusé Paul Kagame de vouloir annexer l’Est du Congo, jurant qu’il était prêt à « tout, même à devenir militaire », pour défendre le pays. Pourtant, seulement quelques jours séparent deux discours opposés : à Bruxelles, le 9 octobre, il se présentait en artisan de la paix lors du Forum Global Gateway 2025 ; mais le 11 octobre, face à la diaspora congolaise en Belgique, il revendiquait mener une « guerre diplomatique ». Deux visages, un même message brouillé.
« Je l’ai fait ouvertement. J’ai tendu la main à celui qui, évidemment, représente les forces attaquant la République démocratique du Congo (RDC), afin de prendre le monde entier à témoin, car depuis un certain temps, vous ne le savez peut-être pas, ces batailles se mènent aussi dans les cercles diplomatiques. »
Les propos pacifiques tenus par Félix Tshisekedi ont immédiatement déclenché la colère des extrémistes congolais, pour qui parler de paix revient à trahir la cause nationale. Le président a ajouté :
« À aucun moment je n’ai affiché une attitude belliqueuse envers le Rwanda. »
Le pouvoir congolais semble s’être enfermé dans un labyrinthe de contradictions : il veut la paix mais fait la guerre, invoque la souveraineté tout en s’appuyant sur la médiation étrangère, prône le patriotisme tout en divisant son propre peuple.
La diplomatie congolaise, fondée sur le double langage, finit par miner la confiance de tous. Ses partenaires internationaux doutent de sa crédibilité, sa population de sa sincérité, et l’Histoire, tôt ou tard, en retiendra les conséquences.
À Doha, les négociations entre Kinshasa et l’AFC/M23 continuent de s’enliser dans un théâtre de faux-semblants. Les échanges se réduisent à des gestes protocolaires, sans volonté réelle de compromis. Et désormais, plus personne ne semble croire à une issue heureuse.
Analyse redigée par Shaby Kazungu
Les plus lus
Annonce