@Images - La maire d'Uvira
Est de la RDC : Uvira bascule dans la violence après le retrait complet de l’AFC/M23
Uvira (Sud-Kivu), – Le 17 janvier 2026
L’Alliance du fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23) a achevé le retrait complet de son unité d’observation et de monitoring de la ville d’Uvira, mettant fin à sa dernière présence dans cette localité stratégique de près de 500 000 habitants, deuxième agglomération du Sud-Kivu.
Ce désengagement, présenté comme un geste unilatéral dans le cadre du processus de paix de Doha, a rapidement laissé place à un vide sécuritaire comblé par l’entrée de milices Wazalendo pro-gouvernementales, accompagnée d’exactions immédiates et ciblées contre les populations banyamulenge.
Retrait progressif d’Uvira
Samedi après-midi, une colonne d’environ 300 combattants AFC/M23 – en tenue de combat, fusils d’assaut en bandoulière, casqués pour beaucoup – a été observée quittant Uvira par la sortie nord de la ville. Certains progressaient à pied le long des axes principaux sous le regard inquiet des habitants massés sur les trottoirs, rejoints par des camions positionnés en périphérie urbaine. Le dispositif de sécurité mis en place par le mouvement est resté en vigueur jusqu’au dernier moment, selon ses responsables, afin d’assurer la protection de la ville et de ses infrastructures contre toute intrusion extérieure. Ce retrait marque la fin totale de la présence militaire et administrative de l’AFC/M23 à Uvira, plus d’un mois après sa prise de contrôle début décembre 2025.
La lettre de Corneille Nangaa à António Guterres
Ce mouvement s’inscrit dans la continuité d’une lettre adressée mi-janvier par Corneille Nangaa, coordonnateur politique de l’AFC/M23, à António Guterres, secrétaire général des Nations unies – plus haut responsable administratif et politique de l’Organisation, chargé de coordonner les efforts de paix mondiaux. Dans ce document formel, également transmis aux garants du processus de Doha, Nangaa annonce le retrait de l’unité de monitoring et place explicitement Uvira « sous la responsabilité pleine et entière de la communauté internationale »
Parmi les demandes précises figurent le déploiement rapide d’une force neutre onusienne ou régionale pour assurer la sécurité physique de la ville, protéger les civils sans distinction ethnique, suivre le cessez-le-feu et contenir les violations potentielles. Nangaa identifie nommément les « forces négatives » à neutraliser : unités des Forces armées de la RDC (FARDC), milices Wazalendo, combattants des FDLR, troupes burundaises et mercenaires étrangers. À ce jour, aucune force neutre n’a été déployée, laissant un hiatus critique sans garant international.
Entrée des Wazalendo et exactions immédiates
Dimanche 18 janvier, à peine l’unité AFC/M23 sortie, des détachements Wazalendo – coalition de groupes armés pro-Kinshasa active dans le Sud-Kivu depuis 2022 – ont investi Uvira. Barrages routiers sur les axes principaux, patrouilles armées et positions consolidées sur les collines surplombantes ont été signalés dès l’aube, dans un climat de tirs isolés et de mouvements accélérés vers les quartiers centraux et périphériques.
Quelques heures ont suffi pour que des violences ciblées éclatent contre les Banyamulenge et autres communautés tutsi-congolaises, accusées de collusion avec la rébellion :
Pillage systématique : Maisons identifiées comme appartenant à des Banyamulenge ont été forcées et vidées de leurs meubles, provisions, bétail et biens de valeur ; certains incendies isolés rapportés en banlieue.
Saccage d’églises : Lieux de culte fréquentés par ces communautés à Bibogobogo et en périphérie d’Uvira vandalisés, avec autels profanés et croix brisées, symbolisant une attaque contre l’identité communautaire.
Enlèvements et exécutions présumées : Rafles porte-à-porte ciblant les hommes adultes, arrêtés et emmenés vers des destinations inconnues (collines ou camps improvisés), avec des témoignages locaux évoquant des exécutions sommaires sur place.
Discours de haine : Miliciens utilisant haut-parleurs et vidéos en ligne pour clamer qu’« aucune trace des Banyarwanda ne doit rester à Uvira », reprenant une rhétorique ethniciste déjà documentée par Human Rights Watch dans la région en 2025.
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